Banque
Une banque à Rome, sur le forum, c’était d’abord un banc de bois : une banca. Quelques siècles plus tard, c’est derrière un banc semblable, devenu banco, qu’un Vénitien ou un Lombard du XIV siècle fait un prêt à un autre Vénitien ou à un autre «Lombard» (du nord de l’Italie, ce qui va donner naissance à un des taux d’intérêt les plus importants : le taux Lombard, Lombard rate). Notre Vénitien ou Lombard veut en effet acheter une maison, des étoffes, participer aux foires de Champagne, ou bien monter une opération maritime, encore plus risquée. La banque joue alors, par essence, le rôle d’intermédiaire. Cette fonction d’intermédiation lui permet d’utiliser les ressources dont elle dispose, ses propres fonds, ou peut disposer, ceux de riches commerçants par exemple, pour faire un crédit. Cela implique d’un côté qu’elle peut recevoir des ressources : on lui fait donc suffisamment confiance pour lui confier de la monnaie, sachant que cette monnaie sera disponible selon les modalités à préciser. Cela veut dire, d’un autre côté, qu’on lui fait assez confiance pour lui parler de projets confidentiels, et qu’elle est assez experte dans l’art de traiter cette information pour accorder des crédits. Cela implique aussi, bien sûr, qu’elle prend des garanties et qu’elle a les moyens de les faire exécuter, pour retrouver ces avances. Dépôts, confiance, information, risque, crédit et garanties : «les six fondamentaux» de la banque sont lâchés !
Depuis cette époque, la banque est devenue une institution, avec des boutiques, qu’on appelle des agences. On y reçoit des dépôts, on y fait des prêts, on y offre d’autres produits bancaires. Ces agences sont reliées entre elles pour former un réseau, en fait une véritable organisation qu’on appelle d’ailleurs… une banque. Ces banques sont nationales et de plus en plus internationales, pour satisfaire plus de clients, avec plus de produits, dans plus de pays, de manière plus sûre et plus efficace. En même temps, la banque attire les critiques. Quand elle fait un crédit, on en trouve bien souvent le taux trop élevé. Mais quand il est très bas, comme c’était le cas pour le logement en France, on trouve qu’elle permet la hausse des prix du mètre carré et alimente une «bulle immobilière». Et que dire quand elle refuse un prêt ! Le reste du temps, la banque se trouve critiquée pour ses délais de réponses, ses erreurs ou encore ses coûts de gestion. Que répondre ?
D’abord que la banque est toujours une oeuvre humaine, même si elle devient de plus en plus technique. Elle peut donc toujours se tromper bien sûr, mais aussi s’améliorer. En même temps, les êtres humains qui y travaillent perçoivent un salaire. La banque a donc des coûts, en contrepartie des services qu’elle offre. Il est normal qu’elle les répercute. On peut dire ensuite que la banque est un élément clé de la solidité de l’économie. Son efficacité et sa rentabilité sont cruciales pour la circulation, la mobilisation, l’affectation et la création de ressources financières, autrement dit pour la croissance et l’emploi. Déjà, des deux côtés du banco de Venise, on imagine qu’il y avait de chaudes discussions. Les citoyens de la Sérénissime n’étaient pas toujours… sereins quand il s’agissait de crédits souvebt très risqués, pourtant source de la prosperités de la lagune. Aujourd’hui en France, il n’est pas sûr non plus que les passions que suscite la banque soient toutes apaisées. Pourtant, les banques ont fait beaucoup de progrès dans leurs produits, leurs réseaux, leurs relations avec leur clients. Elles financent mieux entreprises et ménages. Elles soutiennent mieus et plus solidement l’économie dans son ensemble. Elle partisipent efficacement au système bancaire, c’est-à-dire aux relations de confiance qui font l’économie. Elles autorisent, par la politique monétaire qu’elles mettent en oeuvre, la régulation de la croissance. Elles forment en outre, en France, un secteur très international, avec beaucoup de champions européens ou mondiaux, qui escortent des entreprises françaises et européennes. Les critiques qui demeurent, parfois excessives, sont aussi le signe de progrès à faire. Elles montrent les problèmes qui persistent, tous ne relevant pas du domaine bancaire d’ailleurs, par exemple en matière d’emploi ou de compétitivité. Et les explications à donner.