Concurrence fiscale et ISF
L'exemple de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est particulièrement éclairant pour mesurer les effets de la concurrence fiscale.
Plus de 300 redevable à l'ISF se délocalisent chaque année. Ce chiffre, qui parait minime par rapport au nombre global de redevables à l'ISF, correspond tout de même sur cinq ans (1997-2001) à un total de 1 792 contribuables ayant choisi de quitter le territoire national.
Néanmoins il ne permet pas de se faire une idée complète du phénomène des délocalisations liées à l'ISF car, en ce domaine, une approche qualitative est nécessaire: tous les départs n'ont pas le même impact fiscal ou économique. Les pertes annuelles en droits paraissent également relativement limitées puisqu'elles ne représentent annuellement que 10 à 20 millions €. En cinq ans, le budget de l'État a perdu 70 millions € en raison de ces délocalisations. Mais un tel indicateur ne rend pas compte de la réalité économique: la perte en droits n'est rien si on compare avec la perte en capital enregistrée par l'économie française en raison des délocalisations liées à l'ISF. C'est davantage à l'aune des délocalisations de capitaux qu'à l'aune du nombre de départs annuels de redevables à l'ISF ou à l'aune de la perte en droits pour le budget de l'État que doit etre évalué l'impact économique de l'ISF.
Les pertes en capital pour l'économie française liées à la délocalisation de redevables à l'ISF sont importants. Le cumul sur cinq ans laisse apparaitre a minima des pertes en bases imposables à cause de l'ISF de 7,3 milliards €. Une étude précise de l'année 2001 montre que les capitaux réellement expatriés sont bien supérieurs, d'au moins 50 %, ce qui correspond à la valeur des bien professionnels transférés, aux autres éléments du capital non taxable à l'ISF, aux patrimoines délocalisés avant d'avoir atteint le seuil de taxation, etc. Par rapport au chiffre «bases imposables», la réalité de délocalisations de capitaux doit donc être réévaluée de +50 %. En cinq ans, 11 milliards € de capitaux détenus par des redevables à l'ISF ont été délocalisés.
Les destinations géographiques privilégiées sont les États-Unis pour 16 % des personnes, la Belgique pour 16 %, le Royaume-Uni pour 15 % et la Suisse pour 13 % où n'existe pas d'impôt de solidarité sur la fortune. Alors que certains pointent cette menace, soulignant que la concurrence fiscale aboutirait à une moindre redistributivité des prélèvements obligatoires, à une baisse de la protection sociale et à une remise en cause des services publics, d'autres voient dans cette perspective une contrainte utile, obligeant les États à s'adapter et à se réformer.
La définition des prélèvements obligatoires est large: c'est l'ensemble des impôts et des cotisations sociales versées par les agents économiques aux administrations publiques, c'est-à-dire l'État, les collectivités territoriales et les organismes de sécurité sociale.
Le principe de la fiscalité est qu'il n'y a pas de contrepartie directe aux sommes versée. Tous les impôts servent à financer le budget de l'État ou des collectivités locales, que l'on ait intérêt ou non à ces dépenses. Le fait de ne pas avoir d'enfant scolarisé ne donne pas droit à ne pas participer aux traitements des enseignants; de même, la TIPP qui est payée quand on fait son plein d'essence ne sert pas nécessairement à l'entretien des routes! C'est pourquoi la redevance télévision, dont le produit est directement versé aux sociétés de radiodiffusion publiques, n'est pas un impôt.
Les impôts indirects sont très divers, des droits de circulation de produits alcoolisés (les «congés») à la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP). C'est cependant la taxe sur la valeur ajoutée, la TVA, qui non seulement est le principal impôt indirect, mais aussi la première ressource fiscale de l'État, puisqu'elle lui fournit près de 45 % de ses ressources. L'assiette de la TVA est constituée par les biens ou services consommées en France. La collecte de l'impôt est assurée par les entreprises; en effet, lorsqu'un consommateur achète un bien à une entreprise, celle-ci applique un taux à son «prix hors taxe» (HT). Le prix effectivement payé est dit TTC, «toutes taxes comprises». La différence entre le prix HT et le prix TTC est versée directement par l'entreprise à l'État. La TVA est un impôt neutre pour les entreprises, car elles déduisent la TVA qu'elles paient de la TVA qu'elles perçoivent pour le compte de l'État. Prenons un exemple fictif: un artisan encadreur a acheté pour 1 196 € TTC de matériel d'encadrement (il a donc payé 19,6 % de TVA sur 1000 € HT, TVA qui sera versée au fisc par son fournisseur) et a vendu des cadres pour 2000 € TTC. Ces 2 000 € facturés au client comprennent également 19,6 % de TVA, soit 392 €. Mais l'artisan ne paiera pas au fisc que 196 € (392 € - 196 € déjà payés), puisqu'il a en fait déjà payé les 196 € qui ont été prélevés par son fournisseur pour le compte de l'Etat. Seul le consommateur final paie en définitive la TVA, puisque lui, ne vendant rien, ne peut récupérer la TVA payée sur les ses achats, comme le fait une entreprise.
L'impôt sur le revenu (IR) est un impôt progressif versé par les personnes physiques sur les revenus qu'ils ont perçus durant une année. L'assiette de cet impôt est constituée de tous les revenus perçus par une personne physique pendant une année que ce soit des salaires, des pensions de retraite, des revenus immobiliers ou financiers.