Monnaie dans l’Empire Romain


denariusA Rome aussi les dette préexistèrent aux monnaies : la République fut instaurée ver 500 av. J.-C., la loi des XII tables imposa des plafonds aux taux d'intérêt vers 450, un moratoire pour les débiteurs insolvables fut instauré vers 367, et la mise à mort de ces débiteurs par leurs créanciers fut interdite en 326, mais les premières pièces romaine datent seulement du III siècle, à une époque où les romains avaient déjà conquis la plus grande partie de l'Italie méridionale.

1. Les pièces romaines

Il s'agit d'abord de globules de bronze coulé, plutôt des lingots que des pièces — à peu près ce que les chinois faisaient avec l'or à la même  époque. Ces lingots reçurent bientôt une forme ronde et une gravure, devenant des « as ». Parallèlement, la formule des pièces d'argent fut empruntée aux cités grecques qui avaient été soumises. La didrachme (double drachme) fut très en usage durant la première guerre punique (264-241 av. J.-C.).

Une pièce promise à un bel avenir, le denarius, fit son apparition pendant la seconde guerre punique, celle d'Hannibal. Fait remarquable, les premiers deniers portaient le chiffre X, signifiant qu'ils valaient dix as.  L'aureus, pièce d'or qui servit d'étalon, et dont le denier valut un vingt-cinquième, ne fut créé que 70 ans av. J.-C. Le denier fut remarquablement stable pendant près de trois siècles ; son titre et son poids restèrent invariants jusqu'à Néron (54-68 ap. J.-C.). Par la suite, le titre s'abaissa très progressivement ; sous les Sévères, au début du III siècle, l'argent ne représentait plus que 50 % de l'alliage. La réforme entreprise sous Dioclétien fit de l'aureus la base du système. Cependant, le solidus, monnaie d'or plus légère, le remplaça assez vite. Sol, puis sou, en dérivent.

Théodose partagea en 395 l'Empire entre ses deux fils. L'empire d'occident, avec Ravenne comme capitale, disparut en 476, mais l'installation des barbares en Gaule, puis en Espagne, et enfin en Italie, précédèrent cette chute officielle. Durant le Bas Empire, au V siècle, le monnayage déclina en Occident. Les pièces de cette époque reproduisent, souvent avec maladresse, les anciennes empreintes, dites types monétaires immobilisés. L'empire d'Orient et son monnayage vécurent encore un millénaire, avec des périodes brillantes et d'autres moins, jusqu'à la chute de Constantinople en 1453.

2. La finance à Rome

aureusLa finance romaine, comme plus tard la finance médiévale, était entremêlée avec commerce d'une part, et les finances publiques d'autre part. L'état-major des financiers et des gros trafiquants siège au marché de Trajan sans que l'on soirt capable de distinguer toujours en chacun d'eux le marchand du financier, le négociant de l'industriel. La monétarisation de l'économie romaine se fonde sur une quantification qui est la raison d'être de certaines corporations : à l'apogée de l'empire, à l'Ostie (le port de Rome), les mensores frumentarii ont comme spécialité la pesée des grains, et les sacomarii celle des autres denrées.

L'argent est très présent en politique : Auguste, qui écrivit lui-même l'histoire de son règne, se glorifie d'avoir payé près de 860 millions de sesterces pour acheter des terres aux vétérans, et d'avoir remis « en bon argent » 2 400 millions de sesterces au trésor public. Réciproquement, l'ordre politique garantit aux créanciers, sinon la mise en vente comme esclaves des débiteurs insolvables, du moins leur travail forcé et celui de leurs enfants. En contrepartie, les romains tentèrent très tôt de contrôler les taux d'intérêt au moyen de la loi, et dans l'ensemble ils y réussirent assez bien.

Par exemple, Brutus avait prête une somme considérable à une ville chypriote au taux de 48 %, et Cicéron intervint pour régler l'affaire au taux légal de 12 %. Le grand écrivain fut lui-même préteur et emprunteur, selon les époques : on le voit emprunter 3 500 000 sesterces à des faenerators, des professionnels du financement, à un taux fort raisonnable de 6 %, pour s'acheter sur le Palatin une maison à la hauteur de ses ambitions ; il emprunta également 800 000 sesterces à César, ce qui le gêna beaucoup lorsqu'il commença à se rapprocher du clan de Pompée.

Rome fut donc structurée par un réseau de créances. Les argentarii, banquiers, changeurs et hommes d'affaires qui s'en occupaient professionnellement n'ont peut-être pas développé des techniques de compensation particulièrement originales, mais leur rôle fut important : quand les légions allaient de l'avant, ils surent faire suivre l'intendance en étendant le réseau de leurs opérations à l'ensemble du basin méditerranéen.

Des philosophes condamnèrent l'usure, mais ne joignirent pas toujours le geste à la parole : Sénèque, toute en condamnant l'usure dans ses livres, s'y livrait sans scrupule pour accroitre son immense fortune.

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Monnaie à Grèce antique


statère de Crésus1. Les origines lydiennes

Colonies grecques d'Asie Mineure, la Lydie et l'Ionie furent à l'origine du monnayage de l'or et de l'argent dans le monde méditerranéen. Si Gygès est entré dans la légende comme l'homme que son anneau rendait invisible à volonté, la célébrité de Crésus, souverain de Lydie quelques décennies après lui, repose dur une réalité : il est exact que l'exploitation des sables aurifères du fleuves Pactole fut fructueuse. Les premières monnaies métalliques furent fabriquées vers 600 av. J.-C., antérieurement au règne de Crésus (561-546 av. J.-C.).

Ces premières monnaies furent composées d'un alliage naturel d'or et d'argent appelé électrum : ce sont en effet des pépites d'électrum que recelait le Pactole. Elles consistaient en fragments portant l'empreinte d'un sceau. Un problème se posa :  l'or était plus précieux que l'argent, et sa proportion dans l'électrum variait d'une pépite à l'autre. Crésus semble avoir été le premier à séparer les deux métaux avant de fabriquer des pièces, les statères. Vingt statères d'argent valaient alors un statère d'or. Quand le rouleau-compresseur perse écrasa la Lydie, en 545, l'invention s'était diffusée.

La technique de fabrication utilisée à cette époque resta en usage sans grands changements pendant deux millénaires, jusqu'à la Renaissance. Une pastille de métal précieux, le flan, était placée entre deux coins gravés en creux. L'un était fixé sur un bâti, la pile ; l'autre, dit trousseau, était amovible : on en recouvrait le flan posé sur la pile, et on le frappait à coups de maillet pour que le flan reçoive l'empreinte. Pile, face, battre ou frapper monnaie, sont des expressions nées de cette technologie à l'extraordinaire longévité.

drachme2. Les créances

Au V siècle, 1 400 cités grecques battirent monnaie. Ces pièces s'inséraient dans un système de créances qui semble avoir été très développé. Dans Les Nuées, Aristophane fait dire à l'un de ses personnages : "Petit, va me tirer mon livre de compte, que j'y lise tous ceux à qui je dois et fasse le calcul des intérêt". Et plus loin : "Qu'est-ce que je dois ? douze mines à Pasias,..." La mine était une unité de poids, environ 324 grammes, divisée en cent drachmes. Elle a servi d'unité de compte, avec référence implicite à l'argent-métal ; les pièces, pesant en général un nombre entier de drachmes, sont venues s'insérer dans ce système de comptes et de créances. La quantification des activités économiques s'est développée grâce à un système de poids et mesures, sans oublier l'arithmétique et les chiffres eux-mêmes.

A cet égard, Georges Ifrah montre que les numérations grecques acrophoniques (dans lesquelles les symboles désignant les nombres dérivent des initiales de leur nom) s'ajoutèrent aux perfectionnements apportés à l'alphabet (les voyelles sont une invention hellénique) pour faciliter les comptes et le développement de l'écrit et de la mentalité correspondante. Il n'est pas fortuit que les pièces aient vu le jour dans un contexte de perfectionnement de la numération qui servit principalement à mesurer les quantités de denrées, à évaluer monétairement, à enregistrer des positions débitrices ou créditrices, et à effectuer des calculs économiques tels que les intérêts dans la comédie d'Aristophane.

Homer, dans sa remarquable histoire des taux d'intérêt, montre que la dette et l'intérêt existèrent antérieurement aux monnaies métalliques. Dés lors qu'il est prévu de rendre d'une denrée davantage qu'on en a reçu, ce qui oblige à quantifier le don et le contre-don, l'intérêt est présent. Les Grecs prêtaient ; ils avait des dettes et créances nées d'actes économiques variés, avant d'inventer les monnaies. Ils prirent soin de donner à celles-ci des poids commodes pour qu'elles servent à éteindre des dettes exprimées en poids de métal précieux, et s'insèrent facilement dans le système monétaire et financier existant.

Le crédit provoqua dans la Grèce antique des conséquences analogues à celles que l'on observe aujourd'hui dans beaucoup de pays pauvres : les petits paysans, en empruntant pour la « soudure » de printemps, perdirent progressivement leurs terres. Au-delà, le débiteur insolvable pouvait être réduit en esclavage, ainsi que sa femme et ses enfants. Les lois de Solon (vers 591 av. J.-C.) réagirent contre cette pratique. Elle inspira également la condamnation du prêt à intérêt que l'on trouve chez Platon et Aristote, et qui fut reprise par les chrétiens, particulièrement au Moyen Age.

3. Le monde hellénistique

Philippe de Macédoine (359-336 av. J.-C.) conquit la Grèce ; son fils Alexandre (336-323) fit de même pour la plus grande partie du monde connu. Après lui, l'empire se divisa en royaumes où la culture grecque s'allia aux coutumes et savoirs locaux. Mais la standardisation du monnayage introduite par Alexandre perdura.

En Égypte, sous les quinze Ptolémées qui se succèdent, la standardisation atteint un niveau tel qu'il est difficile de distinguer les monnayages des différents rois. Ainsi les impôts peuvent-ils être plus facilement calculés et levés sur un vaste territoire. Le principe de nos OAT remonte donc à cette époque : des émissions successives d'actifs identiques, de manière à en simplifier l'utilisation en évitant d'avoir un trop grand nombre de types simultanément en circulation.

A une aire de circulation étendue pour les pièces correspond un usage des mêmes unités de compte su cette aire. Le système financier hellénistique se caractérise d'abord par des créances libellées dans une unité reconnue et utilisée sur un vaste territoire, où l'on pratique la création et la destruction des créances un pour un. La perse, puis les empires Parthe et Sassanide qui lui succédèrent, ainsi que la Bactriane, partie de l'Inde conquise par Alexandre, en témoignent comme l'Égypte ptolémaïque.

La monnaie scripturale


la monnaie scripturale et le chèqueDans un mouvement qui s'accélère après la Seconde Guerre mondiale, la détention de comptes en banque se diffuse, jusqu'à couvrir la quasi-totalité de la population, qui est ainsi « bancarisée ». C'est l'essor de la monnaie scripturale, qui prend la forme d'avoirs bancaires utilisables par jeux d'écriture. L'usage du chèque se développe : forme la plus répandue de ces jeux d'écriture qui permettent le règlement des échanges, le chèque est un « mode de règlement ».

La monnaie scripturale présente, par rapport à la monnaie fiduciaire, un triple avantage :

  • elle permet le règlement à distance sans déplacement physique des partenaires de l'échanges,
  • elle offre des garanties plus fortes de protection contre le vol ou la perte,
  • elle produit des traces dans la comptabilité bancaire qui peuvent servir de preuves en cas de contestation

Le chèque connait une régression relative. En effet, bien que la monnaie scripturale ait représenté, par rapport aux billets et aux pièces, une forme de dématérialisation, le chèque, support de cette monnaie, est un processus long, qui suppose la traduction d'inscriptions manuscrites (destinataire, montant de la somme) en signes lisibles par les machines et le transfert physique entre banques. Ce processus lourd est coûteux.

C'est la raison pour laquelle les banques ont incité les agents économiques à utiliser les modes de paiement informatisés : paiements par cartes, virements et prélèvements informatisés, qui ne se traduisent ni par des transferts physiques ni par des inscriptions manuscrites.

A ce point d'évolution, la monnaie prend une forme purifiée : il s'agit d'une simple information sur le niveau d'actifs liquides détenus par un agent économique (le niveau de son compte en banque), et les modes de règlement sont de simples modes de circulation d'informations qui correspondent à des transferts de pouvoir d'achat.

Formes actuelles de la monnaie


monnaie scripturaleIl existe actuellement deux formes de monnaie : d'une part la monnaie fiduciaire représentée par les billets de banque et la monnaie divisionnaire constituée par les pièces jouant un rôle d'appoint dans les règlements, et d'autre part la monnaie scripturale consistant en de simple jeux d'écritures dans des comptes de dépôts à vue.

Ces deux formes actuelles de la monnaie sont le résultat de tout un processus de dématérialisation ayant conduit d'abord au remplacement de la monnaie métallique par la monnaie de papier, puis ensuite à la prédominance progressive de la monnaie scripturale avec, plus récemment encore, un développement très important des cartes de crédit.

Le billet de banque

Trois grandes étapes ont marqué l'évolution du billet de banque :

  1. Le billet, certificat représentatif d'un dépôt de métal précieux. Dans l'Antiquité, puis au Moyen Age, des particuliers déposent de l'or et de l'argent auprès de banquiers et reçoivent, en contrepartie, des « billets » représentatifs de ces dépôts. Utilisés pour effectuer des règlements, ces billets, qui se substituent à de la monnaie métallique, ne constituent pas une véritable monnaie. Création réelle du billet de banque lorsque, au XVII siècle, le banquier suédois Palmstruck décide d'émettre un nombre de billets supérieur à celui correspondant au montant total des dépôts de métal précieux ; les billets ainsi créés deviennent une véritable monnaie s'ajoutant à la monnaie métallique. Lire la suite... »»»