Monnaie à Grèce antique
1. Les origines lydiennes
Colonies grecques d’Asie Mineure, la Lydie et l’Ionie furent à l’origine du monnayage de l’or et de l’argent dans le monde méditerranéen. Si Gygès est entré dans la légende comme l’homme que son anneau rendait invisible à volonté, la célébrité de Crésus, souverain de Lydie quelques décennies après lui, repose dur une réalité : il est exact que l’exploitation des sables aurifères du fleuves Pactole fut fructueuse. Les premières monnaies métalliques furent fabriquées vers 600 av. J.-C., antérieurement au règne de Crésus (561-546 av. J.-C.).
Ces premières monnaies furent composées d’un alliage naturel d’or et d’argent appelé électrum : ce sont en effet des pépites d’électrum que recelait le Pactole. Elles consistaient en fragments portant l’empreinte d’un sceau. Un problème se posa : l’or était plus précieux que l’argent, et sa proportion dans l’électrum variait d’une pépite à l’autre. Crésus semble avoir été le premier à séparer les deux métaux avant de fabriquer des pièces, les statères. Vingt statères d’argent valaient alors un statère d’or. Quand le rouleau-compresseur perse écrasa la Lydie, en 545, l’invention s’était diffusée.
La technique de fabrication utilisée à cette époque resta en usage sans grands changements pendant deux millénaires, jusqu’à la Renaissance. Une pastille de métal précieux, le flan, était placée entre deux coins gravés en creux. L’un était fixé sur un bâti, la pile ; l’autre, dit trousseau, était amovible : on en recouvrait le flan posé sur la pile, et on le frappait à coups de maillet pour que le flan reçoive l’empreinte. Pile, face, battre ou frapper monnaie, sont des expressions nées de cette technologie à l’extraordinaire longévité.
2. Les créances
Au V siècle, 1 400 cités grecques battirent monnaie. Ces pièces s’inséraient dans un système de créances qui semble avoir été très développé. Dans Les Nuées, Aristophane fait dire à l’un de ses personnages : “Petit, va me tirer mon livre de compte, que j’y lise tous ceux à qui je dois et fasse le calcul des intérêt”. Et plus loin : “Qu’est-ce que je dois ? douze mines à Pasias,…” La mine était une unité de poids, environ 324 grammes, divisée en cent drachmes. Elle a servi d’unité de compte, avec référence implicite à l’argent-métal ; les pièces, pesant en général un nombre entier de drachmes, sont venues s’insérer dans ce système de comptes et de créances. La quantification des activités économiques s’est développée grâce à un système de poids et mesures, sans oublier l’arithmétique et les chiffres eux-mêmes.
A cet égard, Georges Ifrah montre que les numérations grecques acrophoniques (dans lesquelles les symboles désignant les nombres dérivent des initiales de leur nom) s’ajoutèrent aux perfectionnements apportés à l’alphabet (les voyelles sont une invention hellénique) pour faciliter les comptes et le développement de l’écrit et de la mentalité correspondante. Il n’est pas fortuit que les pièces aient vu le jour dans un contexte de perfectionnement de la numération qui servit principalement à mesurer les quantités de denrées, à évaluer monétairement, à enregistrer des positions débitrices ou créditrices, et à effectuer des calculs économiques tels que les intérêts dans la comédie d’Aristophane.
Homer, dans sa remarquable histoire des taux d’intérêt, montre que la dette et l’intérêt existèrent antérieurement aux monnaies métalliques. Dés lors qu’il est prévu de rendre d’une denrée davantage qu’on en a reçu, ce qui oblige à quantifier le don et le contre-don, l’intérêt est présent. Les Grecs prêtaient ; ils avait des dettes et créances nées d’actes économiques variés, avant d’inventer les monnaies. Ils prirent soin de donner à celles-ci des poids commodes pour qu’elles servent à éteindre des dettes exprimées en poids de métal précieux, et s’insèrent facilement dans le système monétaire et financier existant.
Le crédit provoqua dans la Grèce antique des conséquences analogues à celles que l’on observe aujourd’hui dans beaucoup de pays pauvres : les petits paysans, en empruntant pour la « soudure » de printemps, perdirent progressivement leurs terres. Au-delà, le débiteur insolvable pouvait être réduit en esclavage, ainsi que sa femme et ses enfants. Les lois de Solon (vers 591 av. J.-C.) réagirent contre cette pratique. Elle inspira également la condamnation du prêt à intérêt que l’on trouve chez Platon et Aristote, et qui fut reprise par les chrétiens, particulièrement au Moyen Age.
3. Le monde hellénistique
Philippe de Macédoine (359-336 av. J.-C.) conquit la Grèce ; son fils Alexandre (336-323) fit de même pour la plus grande partie du monde connu. Après lui, l’empire se divisa en royaumes où la culture grecque s’allia aux coutumes et savoirs locaux. Mais la standardisation du monnayage introduite par Alexandre perdura.
En Égypte, sous les quinze Ptolémées qui se succèdent, la standardisation atteint un niveau tel qu’il est difficile de distinguer les monnayages des différents rois. Ainsi les impôts peuvent-ils être plus facilement calculés et levés sur un vaste territoire. Le principe de nos OAT remonte donc à cette époque : des émissions successives d’actifs identiques, de manière à en simplifier l’utilisation en évitant d’avoir un trop grand nombre de types simultanément en circulation.
A une aire de circulation étendue pour les pièces correspond un usage des mêmes unités de compte su cette aire. Le système financier hellénistique se caractérise d’abord par des créances libellées dans une unité reconnue et utilisée sur un vaste territoire, où l’on pratique la création et la destruction des créances un pour un. La perse, puis les empires Parthe et Sassanide qui lui succédèrent, ainsi que la Bactriane, partie de l’Inde conquise par Alexandre, en témoignent comme l’Égypte ptolémaïque.