Formes de la monnaie : monnaie métallique
L'avènement des monnaies métalliques
Les premières monnaies ont été constituées par des objets qui tiraient leur valeur de leur emploi sous forme de marchandises. Celles-ci, appréciées de tous et correspondant à un besoin répandu, étaient généralement de conservation relativement facile.
La plus connues de ces « monnaies-marchandises » furent les bestiaux en Grèce et à Rome (le mot latin pecunia qui signifie fortune vient de pecus qui désigne le bétail), les morues séchées à Terre-Neuve, les blocs de thé au Tibet, les coquillages, le sel en barres, etc.
Les métaux ont également joué le rôle de monnaie : l'ancienne Égypte utilisa surtout le cuivre, Sparte, le fer et Rome, le bronze.
Mais ce sont les métaux dits précieux - l'or et l'argent - qui, en raison de leurs qualités particulières, se sont progressivement imposés comme instruments monétaires.
Le rôle que ces métaux précieux ont joué en tant que monnaie s'est cependant modifié au cours de l'histoire ; cette évolution est liée à la nature des systèmes monétaires adoptés par les différents pays.
Les métaux précieux
Les métaux dits précieux vont peu à peu devenir les monnaies les plus courantes en raison de leurs propriétés spécifiques.
L'or et l'argent se caractérisent notamment par :
- la divisibilité permettant d'obtenir des éléments de dimension voulue, la valeur de ceux-ci étant proportionnelle à leur poids ;
- l'inaltérabilité assurant un stockage facile, les métaux précieux ne s'altérant pas au contact de l'air ;
- la malléabilité autorisant l'empreinte d'un symbole monétaire (poids du métal par exemple) ;
- une importante valeur sous un faible volume : les métaux précieux font l'objet d'une importante et permanente demande, notamment pour la confection des bijoux ; existant en quantité relativement limitée, les métaux précieux ont une grande valeur pour un poids et un volume réduit.
Après avoir connu trois grandes étapes, le métaux précieux ont joué un rôle essentiel dans l'histoire de la monnaies métallique.
- La monnaie pesée. A Babylone et en Égypte, l'or et l'argent circulent sous forme de lingots sans poids ni forme déterminés : il faut donc mesurer le poids du métal et sa pureté lors de chaque paiement. Les moyens de paiement ne sont pas alors d'un usage très facile, notamment pour les échanges de faibles importance, en raison des longues et nombreuses vérifications auxquelles il faut procéder.
- La monnaie comptée. Vers 800 avant J.-C., les lingots prennent un poids et une forme déterminés donnant naissance aux pièces métalliques.
- La monnaie frappée. Durant l'Antiquité, les pièces sont frappées par les autorités religieuses qui garantissent ainsi la valeur des pièces, c'est-à-dire le titre et le poids du métal qu'elles contiennent. Au Moyen Age, les souverains tentent, à leur tour, de monopoliser la frappe de la monnaie.
Le système du bimétallisme or et argent
C'est ensuite le système du bimétallisme or et argent qui marque véritablement l'histoire de la monnaie métallique. Ce système est apparu en France avec le franc germinal , en mars 1803.
Le bimétallisme or et argent présente trois caractéristiques essentielles :
- la liberté de la frappe des monnaies : possibilité d'obtenir des pièces d'or et d'argent contre des lingots de métal précieux ;
- le pouvoir libératoire illimité : tout débiteur peut s'acquitter de sa dette au moyen de pièces d'or ou d'argent, ce qui leur confère cours légal ;
- un rapport légal entre l'or et l'argent, ce rapport étant à l'origine d'une unité d'or pour 15,5 unités d'argent.
Le rapport légal établi entre l'or et l'argent ayant cessé de coïncider avec le rapport commercial résultant des cours des deux métaux précieux sur le marché libre (cours influencés notamment par les découvertes de mines d'or et d'argent), le système du bimétallisme est abandonné.
La France adopte, à partir de 1876, un système de monométallisme or : l'argent n'est plus utilisé sous forme de monnaie et l'or circule sous forme de pièces et de lingots. Ce système durera jusqu'en 1914.
La loi de Gresham
Cette loi permet d'expliquer les difficultés de fonctionnement du bimétallisme or et argent, provoquées par d'importantes distorsions entre le rapport légal et le rapport commercial résultant des cours de l'or et de l'argent sur le marché libre, ce dernier étant fortement influencé par la production des deux métaux précieux.
Pour comprendre les conséquences de cette discordance, supposons que le rapport commercial entre l'or et l'argent soit passé de 1 à 16 sur le marché libre, le rapport légal étant fixé à 15,5. L'or, qui s'est apprécié par rapport à l'argent, va alors progressivement disparaitre de la circulation monétaire pour trois raisons principales. En premier lieu, les individus désirant thésauriser de la monnaie préféreront utiliser les pièces d'argent pour régler leurs transactions.
En second lieu, ceux qui effectuent des paiements à l'étranger auront intérêt à envoyer des pièces d'or plutôt que des pièces d'argent pour régler leurs dettes.
Enfin, à partir de pièces équivalant, par exemple, à 1 kg d'or, des spéculateurs pourront obtenir sur un marché libre, comme celui de Londres, un lingot d'argent de 16 kg (rapport commercial).
Ainsi, la « bonne » monnaie représentée par l'or dans l'hypothèse ci-dessus a donc tendance à disparaitre de la circulation monétaire.