Usure et prêt à intérêt

Usure et prêt à intérêtPendant longtemps, aucune différence n’était  faite entre l’usure et le prêt à intérêt ; ils étaient tous les deux compris comme l’abus immoral d’une position de force. Avec l’avènement du capitalisme, dont le crédit est un des fondements, cette distinction devint essentielle.

Le seul critère pratique distinguant l’usure du prêt à intérêt « normal » est le niveau de l’intérêt ; le crédit ne dépasse que rarement des taux de 10 ou 15 %, dans des circonstances exceptionnelles (agios, c’est-à-dire intérêts sur les découverts de comptes courants, par exemple) ; on parle d’usure en revanche pour des taux de 30 , 50, voire 100 ou 200 %, qui ne sont possibles que parce que l’emprunteur est dans une situation désespérée et ne peut attendre de secours du système traditionnel.

Mais la différence est énorme sur le plan de la justification morale. L’usure est un abus de faiblesse de la part du prêteur, alors qu’un taux d’intérêt « raisonnable » se justifie d’une part par le rémunération du risque de non-remboursement, d’autre part et surtout par sa nature d’investissement.

En effet si le crédit est utilisé par l’emprunteur pour investir, il peut en espérer un certain gain, gain qu’il est normal de partager avec le prêteur, qui a rendu l’opération possible. C’est aussi pour cela que l’épargne populaire, par exemple, est rémunérée : elle consiste en fait en un prêt que l’individu accorde à sa caisse d’épargne.

Dans le cas d’un prêt à la consommation, la justification réside dans le fait que le prêteur pourrait justement investir la somme en question, qui lui rapporterait alors à proportion de son importance. L’intérêt rémunère donc le renoncement à un bénéfice possible.

En France, la loi défini le délit d’usure comme un prêt dont le taux dépasse de plus d’un tiers le taux moyen des prêts bancaires consentis au trimestre précédent pour des opérations de même nature comportant des risques analogues. C’est donc une définition relative, applicable quel que soit le niveau des taux à une période donnée.

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