La fixation du taux d’intérêt

Un certain nombre d’éléments interviennent dans la détermination des taux pratiqués par les prêteurs en une circonstance donnée ; certains tiennent aux caractéristiques singulières d’un prêt précis, d’autre à l’environnement économique et monétaire global. On peut notamment distinguer :
- la qualité de l’emprunteur, en particulier sa solvabilité présumée, ainsi que la durée du prêt ;
- la destination de l’emprunt, selon la rentabilité présumable du secteur dans lequel il s’investit ou les différentes réglementations existantes ;
- la conjoncture monétaire, particulièrement en ce qui concerne l’inflation ;
- la politique du gouvernement ou de la banque centrale en matière monétaire
Caractéristiques particulières
La qualité de l’emprunteur, c’est-à-dire, essentiellement la confiance que le banquier lui accorde, influe sur le taux d’un prêt : plus le risque de non-remboursement augmente, plus la rémunération du capital prêté sera importante. Cela est également valable pour les États, qui ont à supporter des « primes de risques» fixées par les marchés en fonction de leur situation économique. Les taux dépendent également de la durée des prêts (théoriquement, plus celle-ci est longues, plus le risque de non-remboursement s’accroît et plus les taux augmentent) et des différents marchés et des contraintes réglementaires pesant sur les banques (par exemple en France, la rémunération des comptes courants était interdite avant 2005). Certains taux sont déterminés par l’Etat, particulièrement en ce qui concerne l’épargne populaire : comptes livrets, comptes épargne-logement, etc.
Inflation et politique monétaire
Les taux dépendent en premier lieu de la conjoncture monétaire générale, en particulier du taux d’inflation : le taux nominal (non corrigé) de l’inflation est d’autant plus élevé que l’inflation est forte, le prêteur cherchant bien entendu un taux réel (dont le taux d’inflation est défalqué) positif. En revanche, la corrélation étroite qui existait auparavant entre taux d’intérêt élevé et conjoncture économique soutenue a presque disparu du fait de l’apparition du phénomène de la stagflation, c’est-à-dire inflation accompagnée d’une stagnation économique. Jusqu’au milieu des années 1990, l’inflation a été la cause principale jouant sur la fixation des taux d’intérêts.
Les taux dépendent ensuite de la politique monétaire du gouvernement ou de la banque centrale (les banques centrales étant aujourd’hui autonomes, du moins le principales), dont les taux « directeurs » (taux à court et à long terme et taux d’escompte) se répercutent sur les taux des autres prêts.
Lorsque l’objectif est de freiner l’inflation, comme dans les années 1980, les taux sont augmentés, décourageant la demande de crédits et donc limitant la création de monnaie. Le marché financier devient alors moins attractif, au profit des valeurs refuges et de l’investissement industriel.
Lorsqu’au contraire, dans un contexte d’inflation maîtrisée et de marché boursier atteignant la limite de ses possibilités haussières, l’objectif est de freiner les replis d’investisseurs sur des valeurs refuges comme l’or ou les obligations (dettes de l’État à long terme), comme à la fin des années 1990, les taux directeurs sont diminués, favorisant la création monétaire et orientant les crédits vers le secteur boursier plutôt qu’obligatoire.
Limitation du crédit
Certaine limites réglementaires existent quant aux taux d’intérêt et de la quantité maximale de crédit possible.
- Le taux de l’usure est la valeur à partir de laquelle le taux est considéré comme excessif, résultant d’un abus de faiblesse.
- La réserve obligatoire est la proportion des crédits totaux consentis par un établissement qui doit pouvoir être immédiatement couverte ; ainsi selon la réserve dont dispose une banque, elle est autorisée à consentir plus ou moins de crédits. Le taux de réserve obligatoire est fixé chaque année par les banques centrales.
Étranglement du crédit
Il arrive, dans certaines conjonctures difficiles, que les banques fassent montre d’une prudence excessive et prêtent avec difficultés, même à des emprunteurs parfaitement solvables, sans que cela ne se traduise par une hausse des taux. Les emprunteurs potentiels ne peuvent alors financer leurs projets d’investissement : on parle d’étranglement du crédit. Il peut être attribuable à plusieurs facteurs, par exemple les contraintes réglementaires ou une réaction exagérée des banques à la détérioration de leurs actifs et de leur rentabilité.